« La banlieue se meurt, la banlieue est morte sous nos yeux. On ne parle plus guère d’elle qu’à la rubrique des faits divers ou dans les bilans des
promoteurs (…) Des sentinelles de béton encercleront quelques « réserves » naturelles, les forêts de Compiègne, de Chantilly, de Fontainebleau, lesquelles serviront de dimanche mais
aussi de décharge aux gens de la ville. Nos petits-enfants diront si j’ai tort » écrivait Gilbert Cesbron dans le texte liminaire de « La ville couronnée d’épines »
en 1974.
Né le 13 janvier 1913 à Paris et décédé en août 1979, cet ancien élève de l’Ecole des Sciences Politiques a été l’écrivain le plus lu de sa génération, à l’instar
de Guy des Cars ou de Bernard Clavel dont il était l’ami et qui s’est inspiré de lui pour écrire « Les Roses de Verdun ».
Poète, romancier, essayiste, auteur dramatique, ses romans sociaux se sont toujours attaqués à l’actualité : les prêtres ouvriers (Les saints vont en
enfer, 1952), la jeunesse délinquante (Chiens perdus sans collier, 1954), l’euthanasie (Il est plus tard que tu ne le penses, 1958), la violence (Entre chiens et
loups, 1962), la place de la femme dans la société (Une abeille contre la vitre, 1964), les enfants de divorcés (C’est Mozart qu’on assassine, 1966) ou encore la place des
Africains dans la société française (Je suis mal dans ta peau, 1969).
Adapté plusieurs fois au cinéma, il était aussi devenu très célèbre avec sa pièce de théâtre « Il est minuit, docteur Schweitzer ».
Dans ce recueil de 15 nouvelles, Gilbert Cesbron s’attache à nous dépeindre avec tendresse des instants de la vie parfois douloureuse de ces banlieusards de toutes
générations : Gérard prisonnier de son petit univers d’asphalte et de flippers qui, sur sa moto, se saoule de vitesse, Hervé le petit garçon de Fremigny qui fugue sur le chantier de
l’autoroute en construction, la veuve Denis patronne de l’Escargot-d’Or, Maurice R. qui se trompe de gare de descente dans le brouillard et revit l'aventure du Grand Meaulnes ou encore les
amoureux de l’hôpital de Garches.
« Adieu donc, enfants de mon cœur ! » concluait Gilbert Cesbron à la fin de ses romans, quittant à regret ses personnages. « Adieu
donc, Gilbert Cesbron de mon cœur ! », ai-je envie de dire en hommage. Un jour viendra où tous tes livres seront enfin réédités en intégrale. Ce jour-là, les petits-enfants de tes
premiers lecteurs découvriront comme tu savais sonder l’âme humaine et comme tu avais raison.
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